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Historique

Déjà avant sa construction en 1968, le projet de barrage-chaussée sur la rivière Petitcodiac entre Moncton et Riverview fut la source de vives inquiétudes au sein de la population du bassin de la Petitcodiac. Des groupes de pêcheurs s’opposèrent notamment à sa construction, craignant, avec raison, que celui-ci entraverait la migration naturelle des espèces marines de la région et aurait un effet dévastateur sur les stocks de poisson. De nombreux officiers de pêches et biologistes firent également connaître leur désapprobation. Malgré cette opposition, le projet fut approuvé par la Province du Nouveau-Brunswick et autorisé par le ministère des pêches qui exigea simplement qu’une échelle à poisson soit construite pour que le barrage-chaussée soit conforme à la loi sur les pêches, c’est à dire qu’il ne bloque pas complètement le passage du poisson. Malheureusement, lors de la construction de l’échelle on ne tint pas en considération les conditions spécifiques de la rivière Petitcodiac du à ses marées particulières. L’échelle a poisson ne fut jamais capable d’assurer le passage d’un côté à l’autre de la chaussée, de tous les espèces de poissons et demeure jusqu’à ce jour presque inutile. Le barrage-chaussée de la rivière Petitcodiac est donc illégal depuis sa construction, il y a déjà plus de trente-cinq ans.

Durant les trente années qui suivirent sa construction, plusieurs groupes de citoyens s’opposèrent au barrage-chaussée et luttèrent pour l’ouverture de ses vannes puisqu’il devenait de plus en plus évident que la rivière était en train de mourir. En bloquant complètement le courant d’eau au niveau de Moncton et Riverview, le barrage-chaussée causa une grave accumulation de sédiments qui réduisit le lit de la rivière d’environ un kilomètre à moins de cent mètres de large et entraîna la perte quasi totale du phénomène naturel du mascaret.

Durant les années 1990, trois groupes luttaient pour la restauration de la rivière Petitcodiac : Friends of the Petitcodiac, Éco-Action et Écoversité, un groupe basé à l’université de Moncton. Ce sont les actions de ces trois groupes qui menèrent à la fondation de Sentinelle Petitcodiac. En 1995 le groupe Écoversité entre en contact avec Robert Kennedy fils, célèbre environnementaliste et co-fondateur de la « Waterkeeper Alliance ». Des démarches sont ensuite entreprises pour créer un chapitre des Waterkeepers pour lutter à la restauration de la rivière Petitcodiac. En janvier 1999 le projet reçoit l’autorisation du conseil des waterkeepers. Le 18 février 1999, une conférence de presse est organisée au village de Petitcodiac pour annoncer officiellement la création de Sentinelle Petitcodiac Riverkeeper et nommer ses deux sentinelles : Daniel LeBlanc et Gary Griffin de Friends of the Petitcodiac. On annonce aussi le mandat du nouvel organisme qui visera à sensibiliser la population, surveiller le bassin versant, intervenir et ultimement restaurer la Rivière Petitcodiac. Sentinelle Petitcodiac devint ainsi le vingt-cinquième programme de la Waterkeeper Alliance et le premier à l’extérieur des États-Unis.

La création de Sentinelle Petitcodiac marqua une nouvelle étape dans la lutte pour la restauration de la Petitcodiac puisque le groupe allait maintenant approcher le problème sous un angle légal, soit à travers l’application des lois environnementales, suivant le modèle de la Waterkeeper Alliance qui avait déjà remporté de grandes victoires environnementales aux États-Unis. La cause bénéficia donc grandement de l’expérience et de la notoriété de ce mouvement qui apporta une aide importante par ses conseils sur les aspects techniques et de gestion.

Sentinelle Petitcodiac fera rapidement sa marque dans la communauté en dévoilant, en mars 2000, un document de réflexion dans lequel on recommande la construction d’un pont partiel remplaçant le barrage-chaussée, comme seule solution viable permettant de restaurer la rivière Petitcodiac. À l’époque on parlait encore de l’ouverture des vannes comme solution, mais cette proposition, plus exhaustive et plus dispendieuse, fut tout de même très bien reçue par la majorité des communautés du bassin versant de la Petitcodiac. Sept d’entre elles acceptèrent d’ailleurs d’appuyer le projet de pont partiel au courant de l’année 2000, soit : la Première Nation de Fort Folly, Salisbury, Dorchester, Memramcook, Petitcodiac, Dieppe et Elgin.

Entre 1999 et 2000, Sentinelle Petitcodiac entreprit également des consultations avec différents avocats pour évaluer la légalité du pont chaussé. On arrive bien vite à la conclusion qu’il est bel et bien illégal et en 2000, Sentinelle Petitcodiac informa le ministère des pêches et océans de son intention d’entamer des poursuites judiciaires pour faire appliquer la loi sur les pêches au barrage-chaussée Petitcodiac si rien n’est fait pour restaurer le passage du poisson dans la rivière. Peu de temps après, le ministère charge Eugene Niles d’écrire un rapport sur la situation en faisant un retour sur les nombreuses études précédentes et en rencontrant divers groupes au sein de la communauté. En février 2001 il arrive à la conclusion que le pont chaussé bloque le passage du poisson dans la rivière, une mesure qui va à l’encontre de la loi sur les pêches, et recommande une étude d’impact environnementale pour résoudre le problème, un projet que le gouvernement fédéral ainsi que le provincial accepteront de financer.

En mai 2001, Sentinelle Petitcodiac célèbre l’ouverture officielle de son bureau, situé au 18 rue Botsford. En novembre de la même année, Sentinelle devient la première organisation environnementale locale à obtenir le statut de société de bienfaisance. C’est une désignation officielle qui lui confère une nouvelle légitimité et qui aidera beaucoup lors des levées de fond puisqu’elle permet d’émettre des reçus pour fins d'impôt.

Sentinelle Petitcodiac allait bientôt connaître une nouvelle victoire. En février 2002, Environnement Canada porte des accusations contre la ville de Moncton en rapport avec un déversement de lixiviat toxique provenant de l’ancien dépotoir de Moncton situé juste à côté de la rivière. Sentinelle avait mené une enquête indépendante sur ce problème à l’été et l’automne 2000 et avait par la suite déposé une plainte officielle auprès du bureau de l’application de la loi d’Environnement Canada. Grâce à ses preuves et au travail d’Environnement Canada, la municipalité plaide coupable en septembre 2003. Un juge de la cour provinciale impose à la Ville une amende de 10 000 $, et lui ordonne de verser 20 000 $ au Jonathan Creek Restoration Committee et 5 000 $ au Fonds pour dommages à l'environnement du gouvernement du Canada (une somme que Sentinelle Petitcodiac réussira à obtenir en 2005 dans le but de mener un projet d’éducation). La municipalité doit également prendre des mesures pour régler ce grave problème environnemental, au coût de plus de 800 000 $. Grâce à cette victoire, Environnement Canada et Sentinelle Petitcodiac démontrèrent clairement que personne n’a le droit d’enfreindre les lois environmentales.

Une autre victoire légale sera possible en décembre 2003 grâce aux actions de Sentinelle Petitcodiac qui découvre un déversement d’effluents d’usine textile dans le ruisseau Humphreys, provenant de l’usine de Tandem Fabrics ltd, en août 2002. Encore une fois c’est Environnement Canada qui porte à bien les démarches judiciaires grâce aux preuves fournies par Sentinelle Petitcodiac.

Quant au dossier principal du barrage-chaussée, il continue d’évoluer de façon très positive depuis la création de Sentinelle Petitcodiac. En avril 2004, l’étude d’impact environnementale menée suite au rapport Niles conclu que la seule façon de restaurer la rivière est de remplacer le pont chaussé par un pont partiel. C’est exactement ce que propose Sentinelle depuis sa création. L’impact de Sentinelle Petitcodiac dans la lutte pour la restauration de la rivière Petitcodiac est donc d’une importance capitale et a déjà fait ses preuves à maintes reprises. Son travail a d’ailleurs été récompensé à deux occasions. Premièrement en septembre 2002 quand l’organisme remporte le prix de la protection de l’environnement canadien et un mois plus tard, en octobre, il reçoit le prix d’excellence en environnement de la Chambre de Commerce du grand Moncton. Sentinelle Petitcodiac a également su gagner le respect et l’appui du public, voyant l’opinion public favorable à la restauration de la rivière grimper de 45% en 1999 à plus de 80% en 2003 selon les derniers sondages.


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