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L'impact de la construction en 1968 du barrage-chaussée
sur la rivière Petitcodiac

Biodiversité et écosystème
Le barrage-chaussée constitue
une barrière physique qui entrave le passage et la migration
du poisson sur environ la moitié des 3000 km2 du système
fluvial Petitcodiac. Le barrage-chaussée a été
construit avec très peu de soucis pour l'écologie
et sans se préoccuper de la protection d'un des estuaires
à grande marées les plus importants au Canada. Une
partie de la vie aquatique et des habitats estuariens ont été
profondément affectés par la construction du barrage-chaussée
sur la rivière Petitcodiac. Dans les années suivant
la construction, la population de poissons anadromes a diminué
de façon draconienne dans le système fluvial. Des
stocks entiers d'espèces indigènes de la rivière
Petitcodiac sont disparus du système entre 1985 et 1995.
Migration du poisson
Le projet du barrage-chaussée
a immédiatement affecté la migration du poisson
en raison de l'activité de construction et de l'accumulation
de sédiments. La migration du poisson anadrome comme le
saumon de l'Atlantique exige un flux d'eau douce (flux d'attraction)
afin de stimuler le mouvement en amont. Le barrage-chaussée
a entravé ce flux et a créé une barrière
physique pour le poisson migrateur. Des passes à poisson
ont été construites dans le but de créer
ce flux d'attraction d'eau et pour permettre le passage en amont
du poisson. La sédimentation abondante qui dissipait le
flux d'attraction et les très hautes marées de l'estuaire
sont les principales causes de l'inefficacité du système
de passe à poisson.
Avant la construction du barrage-chaussée,
on évaluait les montaisons annuelles de saumon de 2 000
à 3 000. De 1969 à 1972, le nombre de saumons adultes
entrant dans la rivière était de 140, 345, 895 et
468 pour chaque année respective. Avant 1968, les montaisons
de l'alose dans la Petitcodiac ont été évaluées
à plus de 50000 à 75 000 poissons annuellement.
En 1972, on a compté seulement 19 aloses à l'échelle
à poisson du barrage-chaussée. En 1979, les scientifiques
de Pêches et Océans Canada recommandaient l'enlèvement
complet des portes du barrages-chaussée comme étant
"le meilleur moyen d'assurer le passage du poisson au barrage-chaussée".
Les espèces qui ont été éliminées
en raison de la construction du barrage-chaussée incluent
: le saumon de l'Atlantique (sans compter l'approvisionnement),
l'alose savoureuse (gatte), le poulamon de l'Atlantique et le
bar rayé. Les espèces dont la population a été
réduite de façon significative incluent la truite
de mer et l'éperlan arc-en-ciel.
Espèces disparues :
L'alasmidonte naine (Dwarf Wedgemussel)
Le drainage fluvial de la Petitcodiac était le seul emplacement
enregistré pour l'alasmidonte naine au Canada et était
un des deux seuls endroits où elle était considéré
comme une espèce commune (l'autre était le système
de la rivière Connecticut). L'alasmidonte naine produit
une étape larvaire parasite qui doit s'attacher à
un poisson hôte pendant une période courte de son
cycle de vie. Il est très probable que l'extermination
du poisson hôte par le barrage-chaussée est la cause
de l'extirpation de l'alasmidonte naine dans le système
fluvial Petitcodiac. L'alose savoureuse, qui est disparue presqu'immédiatement
après la construction du barrage-chaussée, était
le candidat le plus probable comme hôte de cette espèce
unique.
Les constructions de barrages qui ont
extirpé les poissons hôtes ont été
associées au déclin de l'alasmidonte naine ailleurs.
Aux Etats-Unis, l'alasmidonte naine est extirpée de tous
sauf 20 des 70 emplacements connus et est inscrite comme espèce
en voie de disparition. En avril 1999, l'espèce a été
classifiée comme "extirpée du Canada"
par le Comité sur la situation des espèces en péril
au Canada (COSEPAC).
Dépôt de sédiments
La sédimentation massive a eu
lieu tant en amont qu'en aval pendant et immédiatement
après la construction de la structure du barrage-chaussée.
On évalue à 10 millions
de mètres cubes le sédiment qui s'est accumulé
sur 4,7 km de rivière au-dessous du barrage-chaussée,
dans les trois premières années (Bray et . 1982).
Cette sédimentation massive était beaucoup plus
importante que ce qui était prévu par les concepteurs
du barrage-chaussée. Une grande vasière a commencé
à se former sur le côté aval du barrage-chaussée
même avant que la construction ne soit complètée.
Cette vasière couvrait plus de 400 hectares (1000 acres)
en 1997 (Harvey, 1997). La sédimentation est devenue si
dense qu'environ 15 % d'un ancien site d'enfouissement situé
sur la rive de la rivière Petitcodiac à Moncton,
directement à côté du barrage-chaussée,
s'étend maintenant sur la vasière.
Les dépots de sédiments
en aval avaient élevé le lit de la rivière
de 3 à 3,7 m avant 1979. L'arrêt de la marée
montante au barrage-chaussée a causé une sédimentation
abondante en aval du barrage-chaussée. Cela a réduit
la largeur de la rivière à côté du
barrage-chaussée de 92 % (de 1 km en 1968 à 80 m
en 1998, Naegel et Harvey, 1998). Les effets sont aussi évidents
au Parc du mascaret où les dépôts de sédiments
ont réduit la largeur de la rivière de 1,6 km avant
1968 à 120 mètres en 1998.
En amont, la sédimentation est
d'une part causée par l'afflux d'eau salée par l'échelle
à poisson et, quand la marée est plus haute que
le niveau du réservoir, par la fuite d'eau salée
provenant des passes. Jusqu'à 3.7 à 4.3 m de vase
s'étaient accumulés dans le réservoir ou
« lac » dans les dix premières années
de l'existence du barrage-chaussée, représentant
10 % de son volume. Une fois que ces sédiments entrent
dans le réservoir, ils n'ont pratiquement aucune façon
de retourner en aval et, par conséquent, ils s'accumulent
continuellement sur le lit. Si rien n'est fait on estime que le
réservoir deviendra un marais d'eau douce dans quelques
décennies. |