L'environnement en perd au Nouveau-Brunswick


Fredericton, le 20 avril 2001 - Si la dernière décennie peut servir d'indicateur de l'orientation de notre province, le Nouveau-Brunswick est entrain de perdre la bataille pour la protection de son environnement.

Le dimanche 22 avril marque la Journée de la Terre, et des millions de personnes partout dans le monde profitent de l'occasion pour attirer l'attention sur la santé de notre planète. Ici au Nouveau-Brunswick, des représentants de trois de nos organismes environnementalistes, le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick, la Coalition pour les zones naturelles protégées du Nouveau-Brunswick et les Sentinelles Petitcodiac, se sont réunis à Fredericton, en face de l'Assemblée législative, afin de dresser un sombre bilan de l'environnement néo-brunswickois.

Au cours des dernières années le Nouveau-Brunswick a perdu sa dernière grande parcelle de forêt vierge, les monts Christmas, on y a enregistré la première disparition d'une espèce de myes au Canada dans la rivière Petitcodiac, l'habitat de fucus dans la baie de Fundy a été cédé à bail delongue durée à une entreprise commerciale de récolte, des plans sont en voie d'être finalisés pour de gros projets électriques qui maintiendront ou augmenteront le niveau d'émission de gaz à effet de serre dans la province, au lieu de le réduire, et des pesticides toxiques continuent d'être massivement employés à des fins esthétiques dans la province, malgré les risques certains qu'ils présentent pour la santé humaine et nos cours d'eau.

Les groupes de protection ont mis le Premier ministre Bernard Lord au défi de réaliser en 2001 un programme en cinq points qui ferait renverser l'inquiétante tendance négative en matière de durabilité des ressources et de l'environnement au Nouveau-Brunswick. Ils ont également sommé le gouvernement de respecter les obligations internationales de la province pour la protection de la biodiversité mondiale, des espèces menacées et de ses zones côtières et pour la réduction des émissions dans notre environnement de gaz à effet de serre et de produits toxiques, pour l'amour de la génération actuelle et de celles à venir.

Les zones protégées

En 1992, le Nouveau-Brunswick s'est engagé à établir un réseau de zones protégées. La province a mené les travaux scientifiques fondamentaux qui étaient nécessaires, a tenu de vastes consultations publiques et rassemblé des représentants de l'industrie et des environnementalistes en un comité chargé de formuler des recommandations sur la marche à suivre dans le dossier des zones protégées. Cependant, nous n'avons pas encore obtenu la décision finale de protéger certaines de nos dernières zones naturelles intactes au Nouveau-Brunswick. Roberta Clowater, la coordinatrice de la Coalition pour les zones naturelles protégées du N.-B. a déclaré : « Le moment est largement dépassé où le gouvernement aurait dû décider de protéger les dix zones qui lui ont été recommandées. En cette Journée de la Terre, nous demandons au Premier ministre Lord et à son gouvernement d'accorder une protection juridique à ces précieuses terres sauvages - un patrimoine durable pour les Néo-Brunswickois d'aujourd'hui et de l'avenir. »

Les rivières menacées

Sur la rivière Petitcodiac, la dernière décennie a vu le désastreux pont-chaussée provoquer la première disparition d'une espèce de myes au Canada, celle de l'alasmidonte naine. Six espèces de poisson qui migraient en très grand nombre dans le réseau de la rivière Petitcodiac ont officiellements été reconnues comme éliminées au cours des dix dernières années. Entre temps, les gouvernements fédéral et provincial ont continué d'étudier la rivière à mort. La lutte pour sauvegarder la rivière Petitcodiac dure depuis quatre décennies, ce qui en fait l'une des batailles
environnementales ayant duré le plus longtemps au Canada. « Je demande au Premier ministre Lord et à son gouvernement de mettre un terme à la pire décision du 20e siècle en matière d'environnement, en s'engageant à réaliser cette année le projet de ramener les marées dans la rivière Petitcodiac, » a proposé Daniel LeBlanc, le dircteur exécutif des Sentinelles Petitcodiac.

La zone côtière

Les terres et les eaux côtières du Nouveau-Brunswick sont extrêmement sollicitées en vue de l'exploitation. Il en résulte la détérioration et la destruction des habitats de certaines espèces et la perte de fonctions écologiques critiques dans les zones côtières. En 1993, une commission sur l'utilisation des terres et sur le milieu rural pressait la province de renverser cette tendance en adoptant des normes minimales, valables partout dans la province, pour la gestion et la mise en valeur des terres côtières. Aujourd'hui, la politique d'utilisation des terres côtières git dans les oubliettes politiques et bureaucratiques, alors que nous continuons de laisser de fragiles écosystèmes côtiers se faire avaler par une exploitation non réglementée.

L'exploitation bat également son plein dans les eaux côtières avoisinantes, au péril de l'intégrité des habitats et de l'écosystème. Le fucus de la baie de Fundy qui sert d'habitat au poisson, soutient la production primaire et contribue à la qualité de l'eau a été cédée à long terme à une compagnie de récolte commerciale. L'aquiculture du saumon s'est développée au-delà de la capacité des eaux côtières de soutenir l'industrie sans dégrader les eaux ni déplacer les espèces ou remplacer la pêche traditionnelle. « Au Nouveau-Brunswick, » affirme David Coon, le directeur des politiques au Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick, « il n'existe aucun règlement de planification ou de gestion qui permette d'assurer que la mise en valeur des zones côtières soit durable et n'aille pas à l'encontre des autres utilisations ou objectifs. En 2001, le gouvernement du Nouveau-Brunswick doit finalement promulguer sa politique sur les terres côtières et adopter la réglementation de mise en oeuvre des dispositions qu'elle contient. Il doit également veiller à élaborer une politique parallèle s'appliquant aux eaux de notre littoral. »

Le réchauffement de la planète

« Le gouvernement provincial est à la veille de prendre une décision qui rendra pratiquement impossible l'importante réduction des émissions de gaz à effet de serre au Nouveau-Brunswick durant la prochaine décennie, ainsi que l'exige la Convention de 1992 sur le changement climatique » a poursuivi David Coon. La centrale électrique au mazout de 1005 mégawatt à Coleson Cove, juste à l'ouest de Saint Jean, produit 20 % des émissions totales de gaz à effet de serre au Nouveau-Brunswick, ce qui en fait notre plus grosse source ponctuelle de pollution pouvant modifier le climat. La centrale de Coleson Cove atteint actuellement le terme de sa vie utile, mais Énergie NB se propose de l'allonger en remettant à neuf ses chaudières pour les adapter à la combustion d'Oremulsion, un combustible à base de goudron en provenance du Venezuela.

Coleson Cove comprend trois chaudières. « Pour satisfaire à notre obligation de réduire les émissions de gaz à effet de serre, » rapporte Coon, « il faudrait que l'électricité que les Néo-Brunswickois tireront de Coleson Cove leur soit fournie par de nouvelles centrales électriques et thermiques de haut rendement au gaz naturel. Durant les quinze années de vie utile restantes, on devrait, à tous les cinq ans, remplacer une des chaudières par une nouvelle centrale électrique ou thermique au gaz naturel quelque part dans la province. Ce programme à lui seul permettrait de réduire de 10 % l'émission de gaz à effet de serre au Nouveau-Brunswick. En permettant la remise à neuf de Coleson Cove, nous imposons de fortes restrictions à notre capacité de réduire les émissions de gaz à effet de serre au Nouveau-Brunswick, et je demande donc au Premier ministre Lord et à son gouvernement de revenir sur cette décision.

Produits toxiques

Les preuves s'accumulent pour affirmer que l'exposition à des substances toxiques dans l'environnement peut entraver le développement intellectuel des enfants et altérer leur fertilité future ainsi que celle des animaux sauvages. Parmi les risques que les pesticides utilisés à des fins esthétiques font courir aux enfants, notons les déficiences de l'attention, des maladies du sang et certains cancers. Ces pesticides sont particulièrement inquiétants en raison de la fréquence des occasions d'exposition pour les parents, les femmes enceintes, les bébés et les enfants.

Le rapport de 2000 sur les pesticides émis par le comité permanent de l'environnement et du développement durable de la Chambre des communes recommande la mise au point d'une stratégie d'élimination graduelle au Canada des pesticides utilisés à des fins esthétiques. Les études qui font le lien entre ces pesticides et les maladies d'enfants et d'adultes se multiplient. « Le moment est venu de mettre en oeuvre l'interdiction de fournir, vendre ou utiliser les pesticides à des fins esthétiques, comme le prévoit l'article 8(b) de la loi du Nouveau-Brunswick sur le contrôle des pesticides, » déclare Lia Daborne, la directrice exécutive du Conseil de
conservation du Nouveau-Brunswick.

« En cette Journée de la Terre, voici ce que nous demandons au premier ministre Lord : Quel patrimoine naturel voulez-vous léguer aux enfants de cette province? Est-ce que nous réussirons à revenir des bords de l'abime ou continuerons-nous à glisser sur la pente dangereuse qui mène à la disparition de nombreuses options pour les générations futures? Nous faisons appel à notre gouvernement actuel pour qu'il relève notre défi de la Journée de la Terre et s'engage à procurer à nos enfants et à notre planète un avenir durable et florissant. »

 

David Coon and Lia Daborn, Conservation Council of New Brunswick,
(506) 458-8747
Roberta Clowater, New Brunswick Protected Natural Areas Coalition,
(506) 452-9902
Daniel LeBlanc, Petitcodiac Riverkeeper
(506) 388-5337


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